Un autre départ

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« Toute bonne relation, commence par une arnaque »
— J. Djaworski

Système Duamta, de nos jours…

Le commandant Djaworski attendait depuis maintenant une bonne heure et quatre passagers manquaient toujours à l’appel.

A travers l’écoutille ouverte de la cabine économique, à quelques mètres de là, il regardait d’un regard évasif les six personnes qui terminaient de s’installer. Les six couchettes étaient assez rudimentaires et ne proposaient pas énormément de place aux passagers. Mais cela n’avait pas beaucoup d’importance étant donné qu’ils étaient de toute façon endormis pendant le voyage interstellaire, par une injection intraveineuse une fois installés et attachés dans la couchette. Les cabines de passagers dans cette catégorie de voyage n’avaient pas de hublot étant donné que ces cabines étaient placées à même la soute des vaisseaux, comme une vulgaire cargaison. C’était du transport rapide et fonctionnel d’une station à une autre, pas un voyage touristique. Quatre des six passagers regardaient une quelconque émission sur l’écran de leur terminal personnel en attendant le départ. Les deux autres discutaient de leur visite sur la station Wang City avec contrariété. Djaworski tira un dernier coup sur sa clope et envoya son mégot faire un vol plané à travers la soute. Il atterrit violemment sur le sol métallique provoquant un petit éclat de feu avant de terminer sa combustion prématurée sous le poids de la bottine de Djaworski. Le pilote, entendant les annonces des prochains départs qui résonnaient dans le gigantesque hall des docks, lui fit perdre patience. Pour la sixième fois. Il retourna voir le terminal du dock n°08, sur lequel son vaisseau, un Lakon Type-6, était resté en surface. Djaworski avait prévu ce trajet, le dernier de sa journée en un Touch-and-go, soit un embarquement rapide à même la plate-forme, en extérieur, car plus économique en taxe d’appontage. En franchissant la porte coulissante automatique en verre de la salle d’attente, il grommela : « Évidemment, c’est la première classe qu’on attend… ».

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La complainte du partisan

temps de lecture : 1 minute


— Monsieur, nous sommes attaqué…

Le vieux commandant était de dos. Mais il contemplait déjà le désastre par la baie vitrée de sa luxueuse cabine. Il ne répondit pas.
Ce qui ne surprit pas son régisseur. Le vétéran était de nature taiseuse.

Le régisseur sentit tout de même, dans ce silence sourd, la grande déception du vieux pilote.

— Je prépare votre vaisseau, nous devons quitter le Gnosis dans l’heure. Ordre du capitaine Mathius Leander. Nous serons escortés étant donné que votre vaisseau n’est pas armé pour affronter cette menace, poursuivit le régisseur en franchissant déjà le seuil de la cabine.
— Non !
— Plait-il, Monsieur ?
— Nous restons à bord.
— Mais… Nous avons ordr…
— Ma décision est prise, coupa le vétéran. Laissez-moi seul dès à présent. Vous pouvez disposer et qu’on ne me dérange plus, insista-t-il.
— C… comme vous voudrez…

Le régisseur, troublé, quitta la cabine. La porte se referma automatiquement derrière lui et se verouilla.

Le vieux explorateur se leva et s’approcha, d’un pas hésitant, de la grande baie vitrée. Il posa la main sur la vitre épaisse d’une dizaine de centimètres. Il pouvait sentir les vibrations du Gnosis qui supportait mal les assauts. Le spectacle était consternant. Il murmura quelque chose qui s’apparenta à un vieux chant partisan, mais une violente secousse le fit presque perdre équilibre et conclu prématurément sa complainte. Quelle désillusion… Il n’allait pas le supporter plus longtemps vu qu’il n’avait jamais songé à un éventuel retour.

Son avenir était là-bas. Mais le destin en voulu autrement.
Contre toute attente, sa délivrance serait ici… et il se remit à chantonner.

En mémoire de McAllister

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Année 3151 – Système 12 Trianguli

Ed McAllister mettait à jour les dernières données dans l’ordinateur de bord du Cobra MkIII du commandant Jameson. Seul, dans le hangar où était apponté le vaisseau, il en profita pour placer discrètement le petit émetteur. Ed McAllister ne put s’empêcher de regarder autours de lui si personne n’observait son petit manège. Il retourna ensuite vérifier le diagnostic du système qui devait maintenant être terminé. Le technicien remballa rapidement ses outils et entendit l’ouverture de la soute du vaisseau se mettre en marche. Instinctivement, il se cacha dans un des nombreux placards métalliques de la soute. En tant que technicien de l’équipage au sol du commandant Jameson, sa présence dans le vaisseau était pourtant légitime, mais l’heure à laquelle il œuvra était, par contre, plutôt suspecte. Le technicien entendit des voix. Il en déduit qu’ils étaient au moins trois. La rampe d’accès complètement déployée, ils montèrent à bord tirant un chariot semi-motorisé. Quatre silhouettes passèrent devant Ed McAllister sans le voir. En les observant, il reconnut le symbole de l’INRA sur leur uniforme de travail. Ne faisant pas parti de l’équipage, ils n’avaient pas l’autorisation de monter à bord sans l’accord du commandant. Rien n’était inscrit sur le registre et ce n’était pas à cette heure-ci que le commandant Jameson leur auraient donnée l’accès au vaisseau. Une cinquième voix, restée en retrait, saisit Ed McAllister qui observait toujours les quatre techniciens se mettre au travail. Il reconnu immédiatement cette élocution particulière.

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