Balise de détresse

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_3304-01-22. Nous avons percuté le sol à l’approche de la base INRA Hollis Gateway dans le système Hermitage. C’est ma faute même si le commandant m’a dit qu’il en prend l’entière responsabilité. Mais sincèrement, je ne sais pas ce qu’il s’est passé. Sans doute une erreur d’appréciation. Ce qui m’inquiète, c’est que j’ai eu un moment d’absence. Je n’ai aucun souvenir avant l’impact. Il faudrait que j’en parle à Maria, le médecin de l’équipage, mais ce serait un suicide professionnel en tant que pilote principal, et ça, je ne peux pas l’assumer. Les dégâts semblent importants. Les réacteurs sont HS, mais Andrzej, le technicien, est confiant. Il s’est proposé pour une EVA, d’ici deux ou trois heures, afin d’aller vérifier la carlingue de l’extérieur. En attendant, chacun est cloîtré dans sa cabine le temps que le commandant établisse un plan de secours et organise le protocole de survie au sein du vaisseau.


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_3304-01-23. Andrzej n’est finalement pas sorti hier. D’après le commandant, la zone n’est pas sécurisée. Mais ça ne veut strictement rien dire. Il n’y a rien aux alentours et la base INRA abandonnée est à quelques kilomètres d’ici. Phil, le navigateur, est d’accord avec moi. On en a discuté ce matin en attendant notre tour pour un checkup médical chez Maria. Le commandant veut qu’on se fasse examiner une fois toutes les 12h. D’après Phil, c’est à cause de la biologiste, Kate May. Elle a eu aussi une perte de mémoire. Ce n’est pas une coïncidence, on a dû encaisser trop de G. La seule explication serait que j’ai complètement foiré mon approche planétaire et que j’aurais dû violemment décélérer … Mais pourquoi ? L’attraction de la planète est très faible. Je n’arrive pas à comprendre ce qu’il s’est passé. Cette nuit, je vais discrètement charger les données de la boite noire sur mon terminal portatif pour tâcher d’analyser l’approche.

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Que reste-t-il de Harry Mayson ?

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Année 3152, quelques mois après la disparition du commandant Jameson
Système 12 Trianguli, Base INRA – Tylor Keep 

Préoccupé, Harry Mayson débarquait sur Taylor Keep après un voyage de plusieurs semaines. La base n’avait pas donné de réponse aux multiples sollicitations d’appontage du pilote. Sous l’ordre de Mayson, le pilote engagea une approche prudente sur la station au sol. Le transporteur Adder fit d’abord quelques manœuvres à haute altitude puis commença à descendre en réalisant des cercles de plus en plus larges au fur et à mesure qu’il s’approchait du sol afin de toujours garder une distance équivalente avec la base. Tylor Keep était une base militaire secrète de l’INRA (Intergalactic Naval Reserve Arm), soit de 1er niveau de sécurité. Sans autorisation, Mayson savait que l’INRA n’hésiterait pas à faire feu, et ce, dans le seul but de pulvériser le vaisseau sans autre forme de procès. Le pilote le savait également. Pour cela, il gardait instinctivement la main gauche prêt à pousser la manette des gaz pour décamper à la moindre anomalie. Mais si tel était vraiment le cas, tous deux savaient qu’ils seraient réduits en poussière avant même que le pilote ne puisse appliquer la moindre accélération au vaisseau. Toutes les dix secondes, le pilote annonçait leur présence, mais le transpondeur restait inlassablement muet. Ce qui n’arrangea pas l’inquiétude de Mayson, assis dans le fauteuil du co-pilote, les yeux fixés sur le radar.

Harry Mayson représentait la Galactic Insurance Co. Il fût envoyé en tant qu’expert par la Cowell & McGrath, dans le but rédiger un rapport précis sur la disparition du vaisseau du commandant Jameson, le Cobra MkIII JJ-386. Après une longue et fastidieuse enquête préliminaire classée secret-défense, il fut démontré, registre des vols à l’appui, que le dernier saut de Jameson avait été fait vers le système 12 Trianguli. Il restait cependant beaucoup de zones d’ombre ainsi que pas mal d’incohérences sur les événements précédant son arrivée à Tylor Keep, base inconnue jusqu’alors des différents services concernés par le dossier. Mayson avait la lourde tâche de prouver explicitement que Jameson était, pour faire simple, soit pleinement responsable de la série d’événements qui provoquèrent sa disparition, soit une victime. L’objectif final était de retrouver le vaisseau du commandant afin de procéder à une expertise technique et démontrer que l’origine de l’hypothétique accident était technique, humaine ou un malheureux accident. Ainsi, la Galactic Insurance Co. saurait si elle allait devoir sortir le chéquier ou renvoyer la responsabilité au parti concerné. Quoi qu’il en soit, tous savaient qu’une éprouvante bataille juridique s’annonçait sur les quelques décennies à venir. Même si, en ce moment précis, Mayson n’en avait que faire… Lui et son pilote serraient les fesses en approchant de Tylor Keep.

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La musique n’est pas une question de vie ou de mort…

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Seule, assise dans la pénombre du cockpit de son Cobra MkIII, la jeune femme s’essayait à la guitare. Quelques notes discordantes s’échappaient de la caisse de résonance provoquant des émotions contradictoires, entre l’allégresse et le désespoir de réussir un jour à jouer un morceau…. L’instrument était sérieusement abîmé et deux cordes manquaient, mais elle s’appliquait malgré cette impression persistante de vanité… 

Ce sentiment n’était pas si étonnant. Plus personne ne s’intéressait à la musique. Avec l’expansion de l’humanité dans les différents systèmes, l’inspiration musicale s’était effilochée au fil des siècles, comme si elle avait éclaté faute de cohésion. Certains philosophes prétendaient même qu’on était finalement arrivé au bout de ce que les notes de musique pouvaient créer comme mélodie. Surprenant… Et malgré l’envie de ne pas y croire,  personne ne pouvait leur donner tort. Un triste constat que la CAIA – la Création Artistique par Intelligence Artificielle – tenta tout de même de bousculer. Si l’Homme était devenu incapable de concevoir de nouvelles mélodies, alors l’intelligence artificielle le ferait à sa place. La CAIA était formée par un groupe de chercheur mélomane dans un but relativement noble. Mais au lieu de donner un nouveau souffle à cette industrie agonisante, elle asphyxia complètement le peu qui restait de la création musicale humaine. Personne ne s’attendait à cela, mais force est de constater que l’IA mit trois coups de couteau dans le bide de la création humaine, la laissant vider ses tripes jusqu’à en crever. Date de décès : 21 juin 3011. Aujourd’hui, 100% de la musique commercialisé était créée, composée et jouée par des IA. Mais plus personne ne l’écoutait vraiment. La musique n’était plus que l’ombre d’elle-même. Elle était devenue un banal et insipide tapis sonore. C’est ainsi la musique des lointaines générations pris de plus en plus de valeur. Devenant une marchandise rare, très prisée des contrebandiers au sein du marché noir.

Joyce aimait cette vieille musique. Elle avait jeté son dévolu sur la période allant de la fin de 20ème siècle et milieu du 21ème. La jeune contrebandière ne vivait même plus que pour cette harmonie de sons.

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Un autre départ

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« Toute bonne relation, commence par une arnaque »
— J. Djaworski

Système Duamta, de nos jours…

Le commandant Djaworski attendait depuis maintenant une bonne heure et quatre passagers manquaient toujours à l’appel.

A travers l’écoutille ouverte de la cabine économique, à quelques mètres de là, il regardait d’un regard évasif les six personnes qui terminaient de s’installer. Les six couchettes étaient assez rudimentaires et ne proposaient pas énormément de place aux passagers. Mais cela n’avait pas beaucoup d’importance étant donné qu’ils étaient de toute façon endormis pendant le voyage interstellaire, par une injection intraveineuse une fois installés et attachés dans la couchette. Les cabines de passagers dans cette catégorie de voyage n’avaient pas de hublot étant donné que ces cabines étaient placées à même la soute des vaisseaux, comme une vulgaire cargaison. C’était du transport rapide et fonctionnel d’une station à une autre, pas un voyage touristique. Quatre des six passagers regardaient une quelconque émission sur l’écran de leur terminal personnel en attendant le départ. Les deux autres discutaient de leur visite sur la station Wang City avec contrariété. Djaworski tira un dernier coup sur sa clope et envoya son mégot faire un vol plané à travers la soute. Il atterrit violemment sur le sol métallique provoquant un petit éclat de feu avant de terminer sa combustion prématurée sous le poids de la bottine de Djaworski. Le pilote, entendant les annonces des prochains départs qui résonnaient dans le gigantesque hall des docks, lui fit perdre patience. Pour la sixième fois. Il retourna voir le terminal du dock n°08, sur lequel son vaisseau, un Lakon Type-6, était resté en surface. Djaworski avait prévu ce trajet, le dernier de sa journée en un Touch-and-go, soit un embarquement rapide à même la plate-forme, en extérieur, car plus économique en taxe d’appontage. En franchissant la porte coulissante automatique en verre de la salle d’attente, il grommela : « Évidemment, c’est la première classe qu’on attend… ».

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La complainte du partisan

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— Monsieur, nous sommes attaqué…

Le vieux commandant était de dos. Mais il contemplait déjà le désastre par la baie vitrée de sa luxueuse cabine. Il ne répondit pas.
Ce qui ne surprit pas son régisseur. Le vétéran était de nature taiseuse.

Le régisseur sentit tout de même, dans ce silence sourd, la grande déception du vieux pilote.

— Je prépare votre vaisseau, nous devons quitter le Gnosis dans l’heure. Ordre du capitaine Mathius Leander. Nous serons escortés étant donné que votre vaisseau n’est pas armé pour affronter cette menace, poursuivit le régisseur en franchissant déjà le seuil de la cabine.
— Non !
— Plait-il, Monsieur ?
— Nous restons à bord.
— Mais… Nous avons ordr…
— Ma décision est prise, coupa le vétéran. Laissez-moi seul dès à présent. Vous pouvez disposer et qu’on ne me dérange plus, insista-t-il.
— C… comme vous voudrez…

Le régisseur, troublé, quitta la cabine. La porte se referma automatiquement derrière lui et se verouilla.

Le vieux explorateur se leva et s’approcha, d’un pas hésitant, de la grande baie vitrée. Il posa la main sur la vitre épaisse d’une dizaine de centimètres. Il pouvait sentir les vibrations du Gnosis qui supportait mal les assauts. Le spectacle était consternant. Il murmura quelque chose qui s’apparenta à un vieux chant partisan, mais une violente secousse le fit presque perdre équilibre et conclu prématurément sa complainte. Quelle désillusion… Il n’allait pas le supporter plus longtemps vu qu’il n’avait jamais songé à un éventuel retour.

Son avenir était là-bas. Mais le destin en voulu autrement.
Contre toute attente, sa délivrance serait ici… et il se remit à chantonner.

En mémoire de McAllister

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Année 3151 – Système 12 Trianguli

Ed McAllister mettait à jour les dernières données dans l’ordinateur de bord du Cobra MkIII du commandant Jameson. Seul, dans le hangar où était apponté le vaisseau, il en profita pour placer discrètement le petit émetteur. Ed McAllister ne put s’empêcher de regarder autours de lui si personne n’observait son petit manège. Il retourna ensuite vérifier le diagnostic du système qui devait maintenant être terminé. Le technicien remballa rapidement ses outils et entendit l’ouverture de la soute du vaisseau se mettre en marche. Instinctivement, il se cacha dans un des nombreux placards métalliques de la soute. En tant que technicien de l’équipage au sol du commandant Jameson, sa présence dans le vaisseau était pourtant légitime, mais l’heure à laquelle il œuvra était, par contre, plutôt suspecte. Le technicien entendit des voix. Il en déduit qu’ils étaient au moins trois. La rampe d’accès complètement déployée, ils montèrent à bord tirant un chariot semi-motorisé. Quatre silhouettes passèrent devant Ed McAllister sans le voir. En les observant, il reconnut le symbole de l’INRA sur leur uniforme de travail. Ne faisant pas parti de l’équipage, ils n’avaient pas l’autorisation de monter à bord sans l’accord du commandant. Rien n’était inscrit sur le registre et ce n’était pas à cette heure-ci que le commandant Jameson leur auraient donnée l’accès au vaisseau. Une cinquième voix, restée en retrait, saisit Ed McAllister qui observait toujours les quatre techniciens se mettre au travail. Il reconnu immédiatement cette élocution particulière.

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