{"id":194,"date":"2018-11-28T17:10:46","date_gmt":"2018-11-28T16:10:46","guid":{"rendered":"https:\/\/seulelagravite.wordpress.com\/?p=194"},"modified":"2019-06-27T11:11:31","modified_gmt":"2019-06-27T09:11:31","slug":"la-musique-nest-pas-une-question-de-vie-ou-de-mort","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoiresdelitedangerous.bewanderer.net\/index.php\/2018\/11\/28\/la-musique-nest-pas-une-question-de-vie-ou-de-mort\/","title":{"rendered":"La musique n&rsquo;est pas une question de vie ou de mort&#8230;"},"content":{"rendered":"<span class=\"span-reading-time rt-reading-time\" style=\"display: block;\"><span class=\"rt-label rt-prefix\">Temps de lecture : <\/span> <span class=\"rt-time\"> 10<\/span> <span class=\"rt-label rt-postfix\">minutes<\/span><\/span>\n<hr class=\"wp-block-separator is-style-wide\"\/>\n\n\n\n<p>Seule, assise dans la p\u00e9nombre du cockpit de son Cobra MkIII, la jeune femme s&rsquo;essayait \u00e0 la guitare. Quelques notes discordantes s&rsquo;\u00e9chappaient de la caisse de r\u00e9sonance provoquant des \u00e9motions contradictoires, entre l&rsquo;all\u00e9gresse et le d\u00e9sespoir de r\u00e9ussir un jour \u00e0 jouer un morceau&#8230;.&nbsp;L&rsquo;instrument \u00e9tait s\u00e9rieusement ab\u00eem\u00e9 et deux cordes manquaient, mais elle s&rsquo;appliquait malgr\u00e9 cette impression persistante de vanit\u00e9&#8230;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Ce sentiment n&rsquo;\u00e9tait pas si \u00e9tonnant. Plus personne ne s&rsquo;int\u00e9ressait \u00e0 la musique. Avec l&rsquo;expansion de l&rsquo;humanit\u00e9 dans les diff\u00e9rents syst\u00e8mes, l&rsquo;inspiration musicale s&rsquo;\u00e9tait effiloch\u00e9e au fil des si\u00e8cles, comme si elle avait \u00e9clat\u00e9 faute de coh\u00e9sion. Certains philosophes pr\u00e9tendaient m\u00eame qu&rsquo;on \u00e9tait finalement arriv\u00e9 au bout de ce que les notes de musique pouvaient cr\u00e9er comme m\u00e9lodie. Surprenant&#8230; Et malgr\u00e9 l&rsquo;envie de ne pas y croire,&nbsp; personne ne pouvait leur donner tort. Un triste constat que la CAIA &#8211; la <em>Cr\u00e9ation Artistique par Intelligence Artificielle<\/em> &#8211; tenta tout de m\u00eame de bousculer. <em>Si l&rsquo;Homme \u00e9tait devenu incapable de concevoir de nouvelles m\u00e9lodies, alors l&rsquo;intelligence artificielle le ferait \u00e0 sa place.<\/em> La CAIA \u00e9tait form\u00e9e par un groupe de chercheur m\u00e9lomane dans un but relativement noble. Mais au lieu de donner un nouveau souffle \u00e0 cette industrie agonisante, elle asphyxia compl\u00e8tement le peu qui restait de la cr\u00e9ation musicale humaine. Personne ne s&rsquo;attendait \u00e0 cela, mais force est de constater que l&rsquo;IA mit trois coups de couteau dans le bide de la cr\u00e9ation humaine, la laissant vider ses tripes jusqu&rsquo;\u00e0 en crever. Date de d\u00e9c\u00e8s : 21 juin 3011. Aujourd&rsquo;hui, 100% de la musique commercialis\u00e9 \u00e9tait cr\u00e9\u00e9e, compos\u00e9e et jou\u00e9e par des IA. Mais plus personne ne l&rsquo;\u00e9coutait vraiment. La musique n&rsquo;\u00e9tait plus que l&rsquo;ombre d&rsquo;elle-m\u00eame. Elle \u00e9tait devenue un banal et insipide tapis sonore. C&rsquo;est ainsi  la musique des lointaines g\u00e9n\u00e9rations pris de plus en plus de valeur. Devenant une marchandise rare, tr\u00e8s pris\u00e9e des contrebandiers au sein du march\u00e9 noir.<\/p>\n\n\n\n<p>Joyce aimait cette vieille musique. Elle avait jet\u00e9 son d\u00e9volu sur la p\u00e9riode allant de la fin de 20\u00e8me si\u00e8cle et milieu du 21\u00e8me. La jeune contrebandi\u00e8re ne vivait m\u00eame plus que pour cette harmonie de sons.<\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<p>Mais peu de personne pouvait la comprendre \u00e9tant donn\u00e9 que peu de personne connaissait cette musique d&rsquo;une \u00e9poque r\u00e9volue. Il fallait n\u00e9cessairement disposer d&rsquo;une expertise dans le domaine, poss\u00e9der le mat\u00e9riel ad\u00e9quat et compatible et, plus que tout, d&rsquo;une certaine oreille musicale. Au fur et \u00e0 mesure de ses trafics, Joyce finit par s&rsquo;int\u00e9resser \u00e0 cette marchandise ill\u00e9gale qu&rsquo;elle n\u00e9gociait au plus offrant. C&rsquo;\u00e9tait un march\u00e9 juteux, car il jouait essentiellement sur la corde sentimentale des acqu\u00e9reurs, d\u00e8s lors pr\u00eat \u00e0 poser le pognon sur la table. Un paquet de fric d\u00e9mesur\u00e9 m\u00eame. Au d\u00e9but, elle ne comprenait pas trop ces exc\u00e8s. Tant bien que la curiosit\u00e9 finit par prendre le dessus malgr\u00e9 les directives manifestes de son patron : <em>ne jamais ouvrir la marchandise<\/em>. Et encore moins quand il s&rsquo;agissait de musique&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Mais elle avait croqu\u00e9 dans la pomme.&nbsp;Joyce avait gout\u00e9 \u00e0 la m\u00e9lodie. La vraie. Celle qui prend aux tripes. Celle qui peut d\u00e9clencher un torrent d&rsquo;\u00e9motion sur quelques notes. Celle qui, aujourd&rsquo;hui, la pousse dans une merde toujours plus noire.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Fait chier, Sean ! grogna Joyce et cogna de toutes ses forces sur la porte blind\u00e9e m\u00e9tallique qui restait impassible. Elle se mit \u00e0 sangloter, se laissant tomber sur le seuil de la porte close. Mais elle se reprit rapidement. Les autorit\u00e9s de la station \u00e9taient \u00e0 ses trousses. La contrebandi\u00e8re n&rsquo;avait plus de temps \u00e0 perdre pour pleurnicher.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Elle \u00e9tait compl\u00e8tement obnubil\u00e9e par un disque depuis maintenant plusieurs ann\u00e9es. Et Sean avait eu un filon. Un filon assez s\u00e9rieux pour prendre le risque de lui envoyer un message. Recherch\u00e9 dans le syst\u00e8me Alta\u00efr, Joyce avait tent\u00e9 d&rsquo;affranchir sa prime pour venir \u00e0 la rencontre de son ancien coll\u00e8gue contrebandier. Une semaine \u00e9tait pass\u00e9e et elle n&rsquo;avait pas su rassembler assez de cr\u00e9dit pour payer la redevance aux autorit\u00e9s du syst\u00e8me. Prise d&rsquo;une impatience irraisonn\u00e9e, elle d\u00e9cida de s&rsquo;y rendre malgr\u00e9 les risques encourus. Le trajet entre l&rsquo;\u00e9toile Alta\u00efr et la station Solo Orbiter se d\u00e9roula sans encombre. Jusque-l\u00e0, rien de tr\u00e8s anormal, mais c&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;entr\u00e9e en station qui allait \u00eatre cors\u00e9e. Elle comptait sur ses vieux r\u00e9flexes acquis \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 elle devait revendre la contrebande dans des stations surveill\u00e9es par la f\u00e9d\u00e9ration. Elle fit faire une boucle au vaisseau pour se retrouver face \u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e de la station \u00e0 environs huit kilom\u00e8tres. Joyce prit le temps de d\u00e9sactiver tous les modules qui pompait de l&rsquo;\u00e9nergie, et donc qui d\u00e9gageait de la chaleur. Afin que lorsqu&rsquo;elle activerait le vol en mode furtif, elle ait \u00e0 sa disposition le plus de temps possible pour man\u0153uvrer sans que la temp\u00e9rature de son vaisseau augmente en fl\u00e8che. Le mode furtif emmagasinait toute la chaleur dans le vaisseau afin de devenir invisible aux radars thermiques. Aucune tra\u00e7abilit\u00e9 possible. C&rsquo;\u00e9tait le seul moyen d&rsquo;entrer en station sans se soustraire au scan d\u00e8s qu&rsquo;elle arriverait \u00e0 proximit\u00e9 de Solo Orbiter. La pilote cala sa rotation sur celle de la station en FAO (Flight Assist Off) et donna une derni\u00e8re impulsion avant de couper, \u00e0 son tour, le module de propulsion. Plus aucune correction de trajectoire ne serait possible avant qu&rsquo;elle soit \u00e0 moins de deux cents m\u00e8tres. Son approche \u00e9tait invisible des radars, tant son empreinte thermique \u00e9tait pratiquement nulle. A sept kilom\u00e8tres de la station, Joyce demanda une autorisation d&rsquo;appontage qu&rsquo;elle re\u00e7ue apr\u00e8s un temps anormalement long. Ensuite, trois longues minutes s&rsquo;\u00e9coul\u00e8rent, la station grossissant \u00e0 travers la verri\u00e8re du cockpit. Arriv\u00e9e \u00e0 deux cents m\u00e8tres, face au sas d&rsquo;entr\u00e9e de la station, elle r\u00e9activa en premier lieu sa propulsion pour corriger sa trajectoire. Elle avait quelque peu d\u00e9vi\u00e9e, assez en tout cas pour se rendre compte que ses estimations n&rsquo;\u00e9taient plus aussi pr\u00e9cises par manque de pratique. Il y a un certain temps, elle se serait cal\u00e9e au degr\u00e9 pr\u00e8s. Par des gestes pr\u00e9cis, elle r\u00e9activa chaque module par ordre de priorit\u00e9 : les boucliers, le syst\u00e8me de survie, etc. Enfin, elle franchissait le sas et poussa un soulagement. La contrebandi\u00e8re \u00e9tait pass\u00e9e \u00e0 travers les mailles du filet. Elle chercha son dock d&rsquo;appontage et sortie le train d&rsquo;atterrissage avec une certaine fiert\u00e9 avant de poser son Cobra en douceur. Mais pendant qu&rsquo;elle op\u00e9rait \u00e0 la checklist du vaisseau apr\u00e8s appontage depuis son cockpit, quelque chose clochait : le voyant d&rsquo;acc\u00e8s au hangar restait verrouill\u00e9.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;\u2014 Merde ! Ils vont me choper, dit-elle \u00e0 haute voix en ramassant ses quelques affaires pour quitter le vaisseau bloqu\u00e9 en surface.&nbsp;<br>Joyce se faufila jusqu&rsquo;\u00e0 au dock d&rsquo;appontage voisin malgr\u00e9 que cette pratique \u00e9tait strictement interdite. Elle se cacha derri\u00e8re des caisses de marchandise en attente d&#8217;embarquer dans l&rsquo;ASP Explorer appont\u00e9 et observa son vaisseau, derri\u00e8re elle. Quatre silhouettes en uniforme s&rsquo;approch\u00e8rent du Cobra en courant. Joyce comprit qu&rsquo;elle ne devait pas s&rsquo;attarder ici, en surface, et descendit dans la station en entrant discr\u00e8tement par une grande porte sectionnelle m\u00e9tallique relev\u00e9e d&rsquo;un des entrep\u00f4ts o\u00f9 \u00e9tait encore stock\u00e9 de la marchandise \u00e0 destination du gros transporteur. Elle fila ainsi vers la cabine-appartement o\u00f9 cr\u00e9chait Sean.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Mais maintenant que Sean \u00e9tait absent, ou qu&rsquo;il ne voulait pas ouvrir, Joyce n&rsquo;avait pas d&rsquo;autre choix que de se d\u00e9brouiller seule, comme elle le faisait depuis toujours finalement. Dans les d\u00e9dales labyrinthiques de la station de type Orbis, elle se dirigea, d&rsquo;un pas press\u00e9, vers le niveau -7. A chaque angle que faisaient les couloirs, elle jeta un coup d\u2019\u0153il derri\u00e8re elle afin de s&rsquo;assurer \u00e0 ne pas \u00eatre suivie. Sa d\u00e9marche \u00e9tait suspecte, mais elle n&rsquo;avait pas le temps de faire autrement. Ainsi, elle franchissait chaque niveau, l&rsquo;un apr\u00e8s l&rsquo;autre. Il n&rsquo;y avait pas d&rsquo;acc\u00e8s direct entre les niveaux, car il n&rsquo;y avait pas de raison de les franchir de la sorte. Au niveau -6, elle suspecta quelqu&rsquo;un de la suivre. Ils \u00e9taient peut-\u00eatre m\u00eame deux. Joyce pressa le pas, courant presque, la t\u00eate vers l&rsquo;arri\u00e8re quand elle se heurta \u00e0 une masse musculaire. Une main vint tout de suite \u00e9touffer ses cris le temps de r\u00e9aliser que c&rsquo;\u00e9tait Sean.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Vite, viens, on va faire le tour par l&rsquo;arri\u00e8re, lui dit-il en lui prenant la main, mais que Joyce, dans un geste de retrait imperceptible, refusa. Elle lui embo\u00eeta le pas et pendant quelques minutes, ils ne dirent rien. C&rsquo;est une fois \u00e0 l&rsquo;abri, dans le quartier des pilotes qu&rsquo;elle lui posa sa premi\u00e8re question :<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 T&rsquo;\u00e9tais o\u00f9 putain ?<br>\u2014 Je t&rsquo;attendais au march\u00e9 noir, niveau -7, quand tout \u00e0 coup, il y eu un stress palpable. Des infos incompl\u00e8tes sont vite arriv\u00e9es en bas, tu sais comment \u00e7a va, tout le monde se casse pensant \u00e0 une descente de flics. J&rsquo;ai d\u00fb attendre la mise \u00e0 jour du registre pirat\u00e9 des Arriv\u00e9e pour voir que ton vaisseau \u00e9tait dock\u00e9. Je me suis mis \u00e0 t&#8230;<br>\u2014 Pourquoi t&rsquo;\u00e9tait pas chez toi ? lui coupa-t-elle.<br>\u2014 Ma cabine est surveill\u00e9e. Ils veulent supprimer le march\u00e9 noir de la station, du coup, ils chopent tous les contrebandiers pour asphyxier notre business&#8230;<br>\u2014 Putain&#8230;<br>\u2014 Ouais, je te le fais pas dire&#8230; Je cr\u00e8che dans le vaisseau d&rsquo;un pote depuis plusieurs semaines. Ils ont saisi mon vaisseau&#8230; Tu te rends compte ? Comme si&#8230;<br>\u2014 Merde ! s&rsquo;exclama-t-elle.<br>\u2014 Quoi ? Ils vont bien tes cheveux comme \u00e7a, tout court et en bataille&#8230; dit Sean pour essayer de calmer cette tension qui montait.<br>\u2014 Ta gueule bordel&#8230; Fais chier, mon vaisseau est aussi saisi alors. J&rsquo;sais pas comment, mais ils m&rsquo;ont chop\u00e9e sans me scanner.&nbsp;<br>\u2014 T&rsquo;\u00e9tais en furtif ?<br>\u2014 Bah ouais !<br>\u2014 Ils t&rsquo;ont rep\u00e9r\u00e9s en visuel, ils fouillent chaque vaisseau qui rentre en furtif d\u00e8s qu&rsquo;il est dock\u00e9. J&rsquo;te dis, ils font de v\u00e9ritables coups de filet.<br>\u2014 Ok, ok et pour ce que je suis venu chercher ? C&rsquo;est quoi ta putain d&rsquo;info ?<br>\u2014 Pour ton disque ? Regarde.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Sean lui montra son terminal et Joyce pu voir une photo d&rsquo;un homme tenant un album de musique. Et pas n&rsquo;importe lequel, celui qu&rsquo;elle cherchait depuis maintenant presque trois ans :&nbsp;<em>Pendulum<\/em>&nbsp;des Creedence Clearwater Revival. La photo \u00e9tait floue, mais on devinait plus que bien la pochette de l&rsquo;album, quatre visages barbus aux couleurs pass\u00e9es fixaient l&rsquo;objectif&#8230; Ses yeux s&rsquo;immobilis\u00e8rent sur le terminal de Sean, l\u2019agrippant de toutes ses forces. Elle avait ses yeux qui se dilat\u00e8rent. Sean la repoussa.<br>\u2014 H\u00e9 ! Joyce, ca va ?<br>\u2014 C&rsquo;est qui ce pauv&rsquo;type, lui r\u00e9pondit-elle en d\u00e9signant la personne sur la photo.<br>\u2014 Je sais pas, mais il travaille ici. C&rsquo;est un marchand, je crois. Il fait des livraisons en tout cas. Qu&rsquo;est ce que tu comptes faire ?&nbsp;<br>\u2014 Bah, lui faucher son album, tient&#8230; J&rsquo;ai pas une tune pour n\u00e9gocier un rachat, qu&rsquo;est ce que tu crois ?<\/p>\n\n\n\n<p>Sean oublia, l&rsquo;espace d&rsquo;un instant, qu&rsquo;elle avait tout l\u00e2ch\u00e9 &#8211; et tout perdu &#8211; dans sa qu\u00eate musicale. Joyce collectionnait les albums et les diff\u00e9rents moyens de les \u00e9couter. De contrebandi\u00e8re, elle \u00e9tait devenue une pirate.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align:center\">***<\/p>\n\n\n\n<p>Trois jours plus tard, Joyce \u00e9tait dans le cockpit de son Cobra. Sean avait fait du bon boulot pour rep\u00e9rer le type sur la photo. Hors de la station, elle attendait maintenant que ce commer\u00e7ant veuille bien d\u00e9coller pour livrer sa marchandise. La pirate l&rsquo;intercepterait en plein vol, dans l&rsquo;espace, \u00e0 l&rsquo;abri de tout bruit. Sean s&rsquo;\u00e9tait vid\u00e9 de son sang et croupissait dans la soute du Cobra. Il \u00e9tait devenu un dommage collat\u00e9ral. Joyce l&rsquo;avait pouss\u00e9 \u00e0 faire une diversion trop hasardeuse pour s&#8217;emparer de son vaisseau. Il en avait pay\u00e9 de sa vie. Elle culpabilisait, mais pas trop. La fin justifie les moyens, se disait-elle&#8230; Joyce avait depuis longtemps perdu toute rationalit\u00e9, aveugl\u00e9e par une qu\u00eate sans fin.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Son radar tinta. La cible sortit de la station et fila \u00e0 toute allure vers une \u00e9toile pour livrer sa cargaison. Par une \u00e9l\u00e9gante manoeuvre, Joyce se trouva dans la tra\u00een\u00e9e du vaisseau poursuivi, pr\u00eate \u00e0 activer son d\u00e9tecteur de sillage pour verrouiller la m\u00eame destination que sa cible et enclencher le FSD pour rentrer en hyper-espace. A la sortie du saut, l&rsquo;\u00e9toile cibl\u00e9e par le syst\u00e8me apparu devant son cockpit. Le vaisseau enclencha automatiquement une contre pouss\u00e9e pour ne pas finir carbonis\u00e9. Joyce sentait sur ces joues la chaleur de l&rsquo;\u00e9toile. Elle \u00e9tait si proche et pourtant encore si loin. D&rsquo;o\u00f9 elle \u00e9tait, sa chaleur \u00e9tait agr\u00e9able. Une fascination attractive. Comme un appel magn\u00e9tique \u00e0 se rapprocher de l&rsquo;\u00e9toile. Puis, elle vit le vaisseau du marchand en visuel qui basculait en Super Cruise pour atteindre sa destination de livraison. Le moment de l&rsquo;interception approchait. Elle se cala derri\u00e8re lui et s&rsquo;approcha doucement. A port\u00e9e de l&rsquo;interception, elle lan\u00e7a la manoeuvre s&rsquo;attendant \u00e0 de la r\u00e9sistance. Mais il ne fut rien, le marchand se laissa intercepter sans aucune r\u00e9sistance. Son Type-9 \u00e9tait immobile dans le vide. Elle s&rsquo;approcha du vaisseau marchand dans une position mena\u00e7ante, soit, derri\u00e8re lui, un peu plus haut, cabr\u00e9 vers l&rsquo;avant et armes d\u00e9ploy\u00e9es. Joyce alluma un canal de transmission et dit d&rsquo;un ton indiff\u00e9rent :<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Si vous coop\u00e9rez, vous repartirez sain et sauf. Je suis l\u00e0 uniquement pour une marchandise.<br>\u2014 Je&#8230; Mais&#8230; ma soute est vide, dit le marchand m\u00e9dus\u00e9.<br>\u2014 Je suis l\u00e0 pour quelque chose de bien pr\u00e9cis que vous avez en votre possession.<br>\u2014 Ah&#8230; alors, je crains alors de vous d\u00e9cevoir, je n&rsquo;ai rien de valeur avec moi&#8230;<br>\u2014 Si si, croyez moi&#8230; mais Joyce s&rsquo;impatienta : Assez de bavardage, je veux que vous mettiez votre album de musique \u00ab\u00a0Pendelum\u00a0\u00bb des Creedence dans un caisson de transport herm\u00e9tique balis\u00e9 pour que je puisse le r\u00e9cup\u00e9rer. Vous avez deux minutes chrono.<br>\u2014 Qu&#8230; Quoi ? Un disque du musique&#8230; ?<br>\u2014 Une minutes et cinquante-quatre secondes&#8230;&nbsp;<br>\u2014 Mais enfin, vous n&rsquo;allez pas me pulv\u00e9riser pour \u00e7a ?!&nbsp;<br>\u2014 Une minutes et cinquante-et-une secondes&#8230;&nbsp;<br>\u2014 Je ne l&rsquo;ai pas avec moi, r\u00e9pondit le marchand avec un ton de voix qui essayait de n&rsquo;exprimer plus aucune peur.&nbsp;<br>\u2014 Un amateur de musique ne sort jamais sans sa collection, vous le savez tout autant que moi, dit Joyce et elle coupa le transpondeur.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le marchand \u00e9tait pris au pi\u00e8ge. En position de faiblesse, sans autre alternative, il abdiqua et pr\u00e9para le caisson qu&rsquo;il envoya dans l&rsquo;espace. Impatiente, Joyce partit directement \u00e0 la r\u00e9cup\u00e9ration du caisson virevoltant dans le vide, laissant le marchand d\u00e9ployer sereinement ses points d&#8217;emport, puis en se positionnant aux six heures du Cobra de la pirate. A peine le colis r\u00e9cup\u00e9r\u00e9, Joyce comprit son erreur. Les alertes beuglaient partout dans le cockpit.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-style-large is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>La musique n&rsquo;est pas une question de vie ou de mort\u2026 c&rsquo;est bien plus que \u00e7a. C&rsquo;est une putain de drogue. <\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Le Cobra MkIII de Joyce tournoyait dans le vide intersid\u00e9ral. L&rsquo;\u00e9toile parcourait la verri\u00e8re du cockpit de haut en bas dans un mouvement immuable&#8230; Plus aucun module ne d\u00e9marrait, m\u00eame apr\u00e8s plusieurs tentatives de relancer le syst\u00e8me g\u00e9n\u00e9ral du vaisseau. Mais Joyce n&rsquo;en avait plus rien \u00e0 faire. Il n&rsquo;y avait plus que le module de survie qui continuait \u00e0 diffuser de l&rsquo;air, aliment\u00e9 gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;\u00e9nergie de l&rsquo;\u00e9toile toute proche. Elle ne chercha m\u00eame pas \u00e0 comprendre pourquoi elle n&rsquo;\u00e9tait pas encore morte. La contrebandi\u00e8re ferma les yeux, le visage paisible. Sa guitare dans les mains, elle mimait quelques gestes. Derri\u00e8re, le petit appareil portable diffusait de la musique dans ses oreilles. <em>Have You Ever Seen the Rain?<\/em>&nbsp;tournait en boucle dans le cockpit et cela la comblait plus que n\u00e9cessaire.&nbsp;D\u00e9sormais, seule la gravit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9toile viendrait la chercher.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p><span class=\"span-reading-time rt-reading-time\" style=\"display: block;\"><span class=\"rt-label rt-prefix\">Temps de lecture : <\/span> <span class=\"rt-time\"> 10<\/span> <span class=\"rt-label rt-postfix\">minutes<\/span><\/span>Seule, assise dans la p\u00e9nombre du cockpit de son Cobra MkIII, la jeune femme s&rsquo;essayait \u00e0 la guitare. Quelques notes discordantes s&rsquo;\u00e9chappaient de la caisse de r\u00e9sonance provoquant des \u00e9motions contradictoires, entre l&rsquo;all\u00e9gresse et le d\u00e9sespoir de r\u00e9ussir un jour \u00e0 jouer un morceau&#8230;.&nbsp;L&rsquo;instrument \u00e9tait s\u00e9rieusement ab\u00eem\u00e9 et deux cordes manquaient, mais elle s&rsquo;appliquait malgr\u00e9 &hellip; <\/p>\n<p class=\"link-more\"><a href=\"https:\/\/histoiresdelitedangerous.bewanderer.net\/index.php\/2018\/11\/28\/la-musique-nest-pas-une-question-de-vie-ou-de-mort\/\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;La musique n&rsquo;est pas une question de vie ou de mort&#8230;&nbsp;&raquo;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":false,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","enabled":false},"version":2}},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-194","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-non-classe"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/pauojN-38","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/histoiresdelitedangerous.bewanderer.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/194"}],"collection":[{"href":"https:\/\/histoiresdelitedangerous.bewanderer.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/histoiresdelitedangerous.bewanderer.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoiresdelitedangerous.bewanderer.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoiresdelitedangerous.bewanderer.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=194"}],"version-history":[{"count":16,"href":"https:\/\/histoiresdelitedangerous.bewanderer.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/194\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":446,"href":"https:\/\/histoiresdelitedangerous.bewanderer.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/194\/revisions\/446"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/histoiresdelitedangerous.bewanderer.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=194"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoiresdelitedangerous.bewanderer.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=194"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoiresdelitedangerous.bewanderer.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=194"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}